J’ai été invité par le « bureau for employers’ activities » du Bureau International du Travail à intervenir lors du symposium sur « Les réponses des employeurs face au défi démographique ». J’en sors tout juste. Qu’allais-je faire là. ? Réponse demain. C’était ma première expérience dans une organisation internationale. Expérience vraiment enrichissante. Impressions générales et synthèse des travaux.
Ce qui frappe d’abord c’est la solennité des lieux. Les plafonds de 20 mètres. Les objets d’art africain ou asiatique posés un peu au hasard dans les gigantesques espaces. A l’université Laval, on aurait fait 480 bureaux de profs au minimum juste dans le hall. Le long tapis rouge sur lequel s’égrènent les années depuis la création du BIT (90 ans d’âge) en lettres de 60 cm. de hauteur dans une coursive lumineuse, vaste, sans intérêt fonctionnel apparent (sinon de faire prendre le soleil à une trentaine de colonnes de 20 mètres de hauteur).
A l’entrée de la salle, on nous remet un carton plié en deux avec le nom et le pays d’origine. Surprise, dans ce contexte, la première question n’est pas : « pour qui travaillez-vous ? », mais « d’où venez-vous ? ». A chaque institution ses codes sociaux. Effectivement la quarantaine de personnes présentes vient de partout : Bangladesh, Chine, Chypre, Croatie, Finlande, Gabon, Hongrie, Iran, Kuwait, Nigéria, Pakistan, Pays-Bas, Sénégal, Trinidad et Tobago, Uruguay, etc. : entreprises (Xerox, Canadian National, Metro, Areva, etc.), et organisations diverses (syndicats, représentants patronaux, etc).
La salle témoigne d’une certaine conception de la communication. L’écran est sur un mur à 20 mètres et 90° de la scène. Nous sommes assis en rangs derrière de lourds pupitres ponctués de micros qui font terriblement assemblée nationale. Il n’y a pas de prise pour brancher les ordinateurs. Les traducteurs sont logés à l’étage derrière un mur de verre. Les interventions au micro ne sont pas amplifiées dans la salle (pour ne pas interférer avec les voix susurrantes des traducteurs). Si bien que chacun est contraint à porter une seyante oreillette. Il en ressort l’impression d’une assemblée de solitudes. La contrainte technologique empêche toute création de chaleur, toute impression de proximité et d’être ensemble. Et ce, même si 90% des gens comprennent et parlent (avec plus ou moins de créativité) l’Anglais.
Pour commencer quelques données sur la situation démographique et l’emploi.
- D’ici 2050 la population de la planète augmentera du tiers : stagnante dans les pays développés (grâce aux flux migratoires) et en croissance forte dans les pays en développement.
- En 2020, la main d’œuvre se trouvera à 61,5% dans les pays en développement.
- Le nombre de jeunes (moins de 15 ans) sera stable, alors que le groupe entre 15 et 64 ans augmentera de 30%. Quant aux plus de 65 ans, il se multiplieront (enfin ils se multiplieront…) par 300%.
- La problématique ne se pose pas du tout de manière identique dans tous les pays. Florilège : En Chine se pose le problème des impacts à long terme de la politique de l’enfant unique. L’Uruguay est un pays à très faible natalité et à forte émigration (contrairement à la plupart des pays développés qui ont une faible natalité mais une forte immigration). En Croatie il existe un déficit de population dans la force de l’âge… à cause de la guerre.
Remarque en passant d’un représentant d’une organisation patronale sénégalaise. Je cite de mémoire : « Depuis que je suis à Genève, je lis la presse, les pages nécrologiques. Et je remarque que ce sont des gens vieux qui partent. Chez nous il y a la question de l’espérance de vie. Chez nous les gens partent à la retraite à 55 ans, mais 5 ans plus tard, ils ne sont plus là. On n’a pas les mêmes problèmes de financement des retraites. » Pas à dire, les organisations internationales, ça défocusse de son nombril.
- Il existe déjà un déficit de travailleurs dans certains secteurs. Celui qui sera le plus affecté dans les années qui viennent est celui de la santé.
La suite demain : quelles sont les stratégies possibles pour faire face à la pénurie de main d'oeuvre qualifiée qui s'annonce ?
mercredi 29 avril 2009
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