mercredi 14 janvier 2009

Le paradoxe de la stratégie


Le meilleur premier paragraphe d’un livre de stratégie que je me souviens avoir lu, ouvre le livre de de Michael E. Raynor (2007), « The strategy paradox – Why committing to success leads to failure and what to do about it » (Currency Doubleday, New York).


Citation :

"Here is a puzzling fact: the best-performing firms often have more in common with humiliated bankrupts than with companies that have managed merely to survive. In fact, the very traits we have come to identify as determinants of high achievement are also the ingredients of total collapse. And so it turns out that, behaviourally at least, the opposite of success is not failure, but mediocrity."


Traduction libre :

Il y a quelque chose de déroutant : les entreprises les plus performantes ont plus de choses en commun avec les banqueroutes humiliantes, qu’avec les compagnies qui ont réussi à survivre. En fait les caractéristiques que nous avons identifiées comme déterminantes dans une grande réussite, sont aussi les ingrédients d’un échec total. Cela révèle que, du point de vue des comportements, l’opposé du succès n’est pas l’échec, mais la médiocrité.


Les caractéristiques du succès sont les mêmes que celles de l’échec.

Cela rejoint un principe sur lequel j’insiste beaucoup auprès de mes étudiants. Un vaste catalogue de stratégies à succès est disponible dans les livres (voir par exemple les travaux de Collins). Le fait qu’il s’agit d’une reconstruction a posteriori est rarement précisé. Précaution d’usage : Rappelons nous que pour une entreprise qui a réussi en appliquant une stratégie modèle, il doit y en avoir dix qui ont échoué. La stratégie est contingente, liée aux caractéristiques personnelles de chaque organisation (c’est le point de vue de l’école de la contingence). Ajoutons le facteur hasard (que Porter intègre dans son modèle des 5 forces de la concurrence). Ainsi vous pouviez avoir une stratégie idéale le 10 septembre 2001.


Conclusion : toujours se méfier des bonnes pratiques des autres.

Ce qui a marché chez d'autres peut donc vous conduire à votre perte. Ce que signale Gary Hamel dans son excellent livre Leading the Revolution. Les bonnes pratiques sont les pratiques des autres. Hamel plaide pour la capacité à tourner le dos aux solutions des autres, et à inventer ses propres solutions, adaptées à son propre contexte. Et puis il passe un long passage à s’émerveiller de l’audace innovatrice d'Enron…

2 commentaires:

mounia a dit…

dernièrement j'avais lu un livre "Made in Monde" , tout a fait intéressant et traitant du même sujet qui est celui des recettes magiques en stratégie pour les entreprises. L'auteur avait fait une étude sur 500 entreprises à travers le monde , tout secteurs confondus, et s'est aperçue que pour un même contexte de mondialisation et de concurrence des marchés, pire encore, dans un même secteur, il y avait non pas une non pas deux mais plusieurs stratégies ( les exemples m'échappent pour le moment). Dans un sens, les entreprises doivent compter sur elles mêmes pour s'en sortir et non pas bricoler ou "plagier".

Jean-François Rougès a dit…

Le livre en question :
http://www.amazon.fr/Made-monde-nouvelles-fronti%C3%A8res-l%C3%A9conomie/dp/2020852969"

Et un entretien avec l'auteur qui synthétise bien les idées présentées :
http://www.seuil.com/contenu/entretiens/berger.pdf